Parlons lecture

Quand la nuit devient jour de Sophie Jomain

Si vous avez déjà lu les quelques avis que j’ai posté sur mes lectures, le titre de celui-ci ne laisse place à aucun suspense. Une ode à Sophie Jomain se profile. On ne lutte pas contre l’amour !

Quand la nuit devient jour est le deuxième roman de Sophie Jomain que j’ai eu entre les mains. J’avais découvert sa plume peut avant, en janvier je crois, avec le tome 1 des Etoiles de Noss Head et quand j’ai croisé la route de ce livre là, je me savais que je le lirais peu après sa sortie. Le sujet m’intéressait fortement même si j’avais un peu peur car il est difficile à traiter : soit c’était une totale réussite et je tombais totalement en amour, soit … j’aimais moins et bon, ça aurait été dommage quand même.
Et comme il n’y a pas de suspense, vous savez que je ne suis pas loin de créer un culte au talent de Sophie Jomain. On parle de la maman de Stan quand même, pardonnez-moi mais … voilà quoi ! (oui, il fallait que je le ramène sur le tapis, un peu de légèreté ne fait pas de mal).
Si je vous parle de Quand la nuit devient jour aujourd’hui, c’est qu’un an environ après ma première lecture, je me suis replongée dans ce roman bouleversant.

Pas de Stan ou d’équivalent (quoique) dans ce roman. Nul besoin de ça pour faire battre notre cœur et rendre le récit attractif (c’est pas que Feli en a besoin hein, mais Feli sans Stan, c’est une glace au chocolat sans chocolat quand même). On est, pour moi, face à un roman audacieux qui traite d’un fait de société pas évident à aborder, un sujet tabou : l’euthanasie.
On va suivre Camille dans son parcours jusqu’au jour de sa mort par euthanasie volontaire assistée.

Les premières cinquante pages du roman plantent le décors, Camille nous raconte son enfance, son adolescence, le malaise qu’elle ressentait déjà à cette époque, ses prises et pertes de poids, ses premiers amours et surtout ses chagrins d’amour, et par dessus tout la haine qu’elle a d’elle même sans savoir l’expliquer mais qui loin de ne lui causer qu’un mal-être moral entraine des réactions physiques violentes. Camille nous plonge dans sa dépression.
Et ce prologue est déjà terriblement percutant. Je ne vais pas prétendre savoir ce que ressent Camille, mais comme beaucoup de personnes malheureusement, je ne m’aime pas beaucoup non plus. Alors quand elle nous explique son mal-être, je ne peux m’empêcher d’avoir beaucoup d’empathie pour elle. Le fait de ne pas s’estimer beaucoup, les proches probablement de bonne volonté mais terriblement maladroits, se sentir en décalage, avoir la certitude qu’être heureuse n’est pas possible, … Je la comprend.
Ici, le bases sont posées, Camille nous explique le parcours qui la mène à prendre la décision de mourir. Et ça soulève déjà pas mal de questionnements, ça remue pas mal de choses.

J’ai toujours été incapable de me trouver un quelconque intérêt. Le jugement que je portais sur moi depuis toujours était bien trop dur, sévère et intransigeant.

(Je ne choisis pas ce passage au hasard. Oui, il m’a touché. Oui, je peux le prendre à mon compte)

La premier chapitre s’ouvre sur le moment où Camille va devoir annoncer sa décision à ses parents. Comme elle s’y attend, les réactions seront violentes. Ses deux parents sont dans l’incompréhension, ce qui est normal. Le plus difficile à gérer sont leurs réactions : sa mère la rejette, refuse de lui parler. Et son père, et c’est pire que tout pour elle, garde espoir. Cette confrontation va la pousser à prendre la décision qui sera le cadre du reste du roman : Camille trouve refuge dans la clinique où elle sera euthanasiée et nous allons donc suivre ses dernières semaines à vivre dans ce lieu.

Du reste, il a raison, j’ai eu l’enfance qu’il soupçonne : idéale au yeux des hommes. De l’amour, de la tendresse, des jeux… Mais le vide en moi s’étirait chaque jour davantage. J’étais comme étrangère à ce monde, à ce qui m’entourait, perdue quelque part, cachée dans un corps qui ne me semblait pas être le mien. Aux questions innocentes sur l’existence, sont venues se greffer de véritables réflexions. Pourquoi étais-je née, à quoi servais-je? Quel était le but de la vie si tout avait une fin? Se lever, manger, travailler, dormir, cent fois, mille fois, dix mille fois, et mourir un jour. A quoi bon? Il m’arrivait d’espérer que la terre disparaisse. Qu’il ne reste plus rien. Parce que je n’étais rien. Je détestais vivre.

L’équipe qui va la suivre n’aura pas pour but de la faire changer d’avis (contrairement à ce que son père avait pu espérer). Mais son interlocuteur principal sera le docteur Peeters. Elle sera déroutée par ce jeune médecin aux méthodes peu communes, qui saura même plaisanter avec elle. Il l’aidera à renouer avec ses parents, à gérer ses crises. Sans chercher à la faire changer d’avis, toujours avec bienveillance et dans une relation un peu ambiguë qui va au-delà de celle patient/médecin. Parce que oui, c’est aussi ça Quand la nuit devient jour, un petit brin de romance qui ne vient pas écraser le sujet principal du livre. Au fil des chapitre, l’attirance entre Camille et Marc sera de plus en plus palpable, le jeune médecin, bien que troublé par la jeune femme, ne tentera jamais d’influencer son choix. Il y a un grand respect et une grande bienveillance dans leur relation.
Camille a peut-être trouvé dans ce centre ce qu’elle a cherché durant de longues années de suivi médical. Des médecins qui ne cherchent pas forcément à comprendre mais qui sont là en soutien. Elle est finalement entourée de gens qui ne lui servent pas les lieux communs sur la dépression : c’est une question de volonté, c’est dans ta tête, … Des gens qui acceptent sa souffrance, la respecte, et qui veulent juste être présent pour facilité la vie, pas pour guérir.

Le livre amène a s’interroger sur la manière dont notre société perçoit les maladies psychologiques, on peut même étendre aux maladies invisibles en général. Si ça ne se voit pas, pour beaucoup, c’est dans la tête. Et là, vous avez droit à ce que j’évoquais plus haut : des sermons sur le fait qu’il ne faut pas se laisser aller, qu’il faut de la volonté pour s’en sortir, qu’on a tout pour être heureux, que c’est dans la tête, c’est une souffrance imaginée, il ne faut pas être si sensible, …
Alors que parfois dans la vie, on a juste besoin d’un ami qui vous fait un gros câlin et qui ne cherche pas à comprendre, à verbaliser, qui n’a pas besoin d’explications mais qui est là, tout simplement avec bienveillance. Et c’est ce que je ressens à l’égard du personnel du centre qui entoure Camille. On est surtout confronté au Dr Peeters bien sur, mais le reste des personnages croisés est tout aussi respectueux du choix de Camille. Et ce simple respect lui permet de vivre sereinement ces dernières semaines sur terre.

La fin est un déchirement. Ou pas. Ca dépend des jours. C’est une fin ouverte, très ouverte. On ne sait pas ce qui se passe. On laisse Camille avec les médecins qui vont procéder à son euthanasie. Mais la porte est ouverte, un élément nous donne espoir que peut-être … Mais ça c’est au lecteur de se l’imaginer.

Voilà, c’est un livre dur. Honnêtement, je ne suis pas sure d’avoir été aussi touché lors de ma première lecture. J’ai du arrêter de lire souvent, j’étais en larmes, ébranlée, remuée à l’intérieur. C’est un peu excessif mais comme si la souffrance de Camille venait me frapper de plein fouet. J’avais souvenir d’un livre qui interroge, qui malmène, mais pas à ce point. On se fait l’opinion que l’on veut sur l’euthanasie, c’est à la discrétion de chacun. Mais on ne peut pas nier les souffrances de Camille et quand on prend conscience qu’elles sont vécues par des personnes bien réelles, que ce n’est pas juste un fiction, je sais pas, je pense qu’on réalise à quel point à l’intérieur une personne peut souffrir. Et que ce n’est pas parce que la maladie ne se voit pas qu’elle n’existe pas.

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6 réflexions au sujet de « Quand la nuit devient jour de Sophie Jomain »

  1. Je dois avouer qu’il me tenterait bien celui-là. Quand tu as une maladie génétique dégénérative, l’euthanasie est un sujet qui vient très tôt sur le tapis. Je n’ai jamais rien lu de spécial là-dessus mais ça pourrait m’ébranler.

    1. Je ne suis pas objective donc je vais te dire de le lire ^^
      Le cas de Camille est un peu particulier puisque c’est sa dépression qui la pousse dans cette voie et que c’est peut être moins facile à comprendre que pour une maladie qui diminue physiquement.

      1. Je pense que sur ce point ça peut etre intéressant. Tant sur l’avant (que la décision soit prise) même si finalement c’est une petite partie du roman que sur l’après, ce moment qui va de l’annonce au jour J. On voit ce par quoi passe Camille, sa manière de se préparer.

    1. Je l’ai beaucoup aimé en effet ^^ (suis un peu fan de Coelho, j’ai pas tout lu mais c’est en bonne voie je pense).

      Merci pour ton commentaire 🙂

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