Etats d'âme

Quand la confiance s’étiole

Dans la vie d’un chercheur d’emploi, il y a bien des moments où la confiance n’est plus présente. Il y a aussi différents types de confiance.

Il y a la confiance en soi, la première à se faire la malle (enfin, encore faut-il qu’elle fut présente un jour). L’inactivité, le manque d’opportunités intéressantes, le repli sur soi entraîné par le chômage finissent par gommer peu à peu l’estime qu’on peut avoir pour sa personne. Si on ne trouve pas c’est de notre faute, on est trop fier, on en demande trop, peut-être même qu’on est vraiment qu’un sale fainéant qui se complaît dans sa situation. Et la société, les discours politiques, nous enfoncent également dans cette optique par des propos culpabilisateurs et moralisateurs. Avec tout le chômage qu’il y a, il ne devrait pas y avoir d’offres non pourvues, voilà bien la preuve de notre mauvaise volonté.

Il y a la confiance en l’avenir dont le ciel s’obscurci de plus en plus. L’horizon se voile et on n’aperçoit plus trop les routes qui s’offrent à nous, en espérant qu’il en restent quelques une d’inexplorées. On ne voit plus que le choix entre la précarité et la précarité : le minima social ou le travail précaire et peu satisfaisant, pénible, monotone. Là aussi, la société, l’entourage en rajoute une couche. De nos jours, il ne faut pas être difficile, il faut déjà être content d’avoir un travail. Peu importe lequel, il permet de montrer qu’on veut travailler, et un jour on trouvera mieux.
Oui mais non, ça c’est dans un monde où on accepte que les gens évoluent, changent de métiers. En France, on vous met dans une petite case de laquelle vous aurez un mal fou à sortir.

Je me dis souvent que l’accompagnement proposé aux chômeurs fait l’impasse sur une partie importante de la vie d’un chercheur d’emploi : le mental. Oui, c’est terrible, ça va être dur à admettre pour beaucoup de gens avec un travail, mais le chercheur d’emploi n’est pas une personne déshumanisée sans état d’âme, sans émotions et sans réflexion. Oh ! Non, nous sommes bien plus complexe que cela pour notre plus grand malheur. Passer une bonne partie de sa journée sur les sites d’offres d’emploi (et voir les exigences farfelues des employeurs et/ou le manque d’offres raisonnables proposées), souvent seul et isolé, ça entame beaucoup le moral des troupes.

Il faudrait peut être que les chômeurs eux-même prennent le problème en main, organisent des groupes de soutien, de paroles, des ateliers d’aide, des clubs de lectures, de tricot, … bref, recréent du lien social qui manque beaucoup quand on est au chômage. Mais ce n’est pas une mince affaire à mettre en place. L’isolement appelle l’isolement et le chercheur d’emploi n’est pas facile à faire sortir de sa tanière, en témoignent les différentes manifestations qui peuvent avoir lieu et auxquelles nous prenons peu part (souvent à cause de l’éloignement géographique, on est pas tous parisien).

Bref, vous l’aurez compris, le moral n’est pas très haut, l’espoir est quasi disparu et je m’interroge (encore) sur une manière de me redonner un coup de fouet !

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6 réflexions au sujet de « Quand la confiance s’étiole »

  1. C’est pourtant facile de retrouver la confiance dans l’avenir, il faut penser comme Michel Sapin : la hausse du chômage doit être interprété comme le signe annonciateur d’une baisse à venir.
    En plus, la méthode fonctionne avec tous les sujets :
    – Votre maladie s’aggrave ? Ça indique une guérison prochaine !
    – Votre conjoint vous a quitté ? 1 de perdu, 10 de retrouvés !

  2. Les manifestations de chômeurs, comme les associations de chômeurs, sont désertes parce que personne n’a envie de s’identifier et de se revendiquer comme chômeur. C’est bien compréhensible, c’est une situation que tout le monde fuit, une étiquette que l’on a pas envie d’exhiber.
    C’est d’autant plus dommage que notre nombre pourrait peser très lourd, que ce soit sous une forme politique, associative, solidaire, et même médiatique.

  3. Je suis de l’avis d’Angie et même si je ressens une certaine honte d’être sans emploi, je serai prête à manifester … Oui, pourquoi pas ?!

    Six mois de chômage, juste un entretien et un moral qui fout le camp de jour en jour.
    J’ai une perte totale de confiance en moi je me sens minable et inutile et je n’ai plus envie de voir les gens.

    Chaque fois que je croise quelqu’un c’est la même question qui me fait dresser les cheveux sur la tête : Alors ? Toujours pas de boulot ?

    Mais putain, lâchez moi, je n’ai pas envie d’en parler.

    Enfin Sophie, ils essaient d’être « polis » quoi !!!
    Il faut que j’arrête sinon je vais devenir cinglée.

    Bonne chance

  4. Pour ma part le moral a également foutu le camp.
    Je passe des heures sur les sites de recherche d’emploi histoire de tenir l’objectif de 2 candidatures crédibles par jour, mais il y a une absence hallucinante d’offres raisonnables. J’ai déjà vu des « 5 ans d’expérience au même poste exigée » pour vendre des sandwichs… et ce n’était même pas négociable.
    En plus j’ai récemment pris un cas de favoritisme en pleine poire et c’est tout simplement écœurant.
    J’ai beau être jeune je n’ai tout simplement plus confiance. J’ai juste envie de me barrer de France pour voir si l’herbe n’est pas plus verte ailleurs. Le marché de l’emploi est corrompu jusqu’à l’os :/

  5. Merci à Angie ! Ce billet décrit avec tellement de justesse et de finesse ce qui est notre réalité …. Bien que ne faisant pas partie des jeunes mais plutôt des vieux schnoks je partage tous ces sentiments . Et la remarque de Sophie concernant les questions « polies » de notre entourage me convient aussi à merveille …. je finis par fuir tout contact, alors ne parlons pas de « mobiliser notre réseau », lorsqu’on n’arrive plus à les regarder en face !

  6. Angie, Sophie, et les autres, ne vous laissez pas détruire: vous valez mieux qu’un emploi, vous êtes des personnes, des êtres humains. Je suis un vieux, mis au chômage à 50 ans, sans indemnités à partir de 53 ans, avec 3 ados à charge, j’en ai 60 et je m’en suis sorti avec ma famille sans jamais retrouver d’emploi salarié. C’est un ami qui m’a soufflé la solution, ne parlant de mon « hobby » .
    « T’es vraiment bon, et si tu en faisais ton gagne -pain ? »
    Ça été laborieux, mais ça a fini par marcher.

    Mes enfants entrent dans la vie active : premières recherche d’emploi, stages etc.
    Ils ont les difficultés de tous les jeunes, je les encourage à se répéter ce proverbe Zen:

    « Trouves le trésor qui est en toi, et uses-en »

    Ca marche croyez -moi, et évitez d’aller trop dans les réunions de chômeurs, j’en ai fait beaucoup, sans résultat, sinon de me casser le moral encore davantage !

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