Et l’Award du pire entretien va à …

Dans la série entretien gratiné, j’en tiens un bon ! J’ai du mal à m’en remettre depuis ce matin. Il m’a donné la haine.

C’était un entretien pour un temps partiel de quelques mois en tant que secrétaire commerciale. Bon, le commercial, ce n’est pas mon fort, mais un peu d’expérience en secrétariat, c’est toujours bon à prendre. L’entreprise à l’intelligence de préciser dans son annonce que les heures sont regroupées sur 3 jours, ce que je trouve plus intéressant que la plupart des temps partiel où il faut venir sur 5 jours.

Je me présente donc à l’heure convenue. On me dit de m’installer dans un des bureaux. Je patiente un peu le temps que la responsable s’occupe de la candidate précédente. Lorsqu’elle revient, elle me demande de parler de moi, d’expliquer mon parcours. Requête banale au finale lors d’un entretien d’embauche. Mais les questions à venir vont commencer à me mettre mal à l’aise ou tout au moins à me pousser à me mettre sur mes gardes. « Avez-vous des enfants ? », j’ai très envie de répondre que ça ne la regarde pas, que ça n’a rien à voir avec le poste, mais je fais ma gentille et je répond. « Êtes-vous mariée ? », ça boue de plus en plus en moi mais calme ma grande, calme ! Je réponds donc à nouveau par la négative. « Un copain ? » Heu, mais c’est quoi cette insistance ? Toujours pleine d’espoir et d’illusion sur la boite et le poste, je répond, espérant que ce soit juste des méthodes de recrutement un peu dépassées et non pas volontairement humiliantes et intrusives (oui, parce que devoir avouer à 30 ans passés qu’on est seule et sans enfants, ça commence à foutre la honte).
Visiblement satisfaite de la mini supériorité qu’elle a pu faire valoir, elle me propose de changer de salle pour un petit test. Je me demande ce qu’il va y avoir comme question, j’espère m’en sortir. Et là, encore dans une méthode d’infantilisation, elle me dit de poser mes affaires loin de moi pour ne pas prendre la calculatrice. Ah mais madame, j’ai pas de calculatrice moi, je suis en entretien d’embauche, pas au brevet. Mais soit, j’ai compris l’idée, « sale môme, je vous interdis d’utiliser votre téléphone pour effectuer les calculs ! Et pas de triche hein ! ».
Me voilà devant le test, un peu décontenancée. Pas de question sur le secrétariat, la gestion de commande ou autres compétences en lien avec le poste. 20 questions de culture générale et de calcul mental. Pour la plupart des questions, 4 réponses sont proposées. Amis des QCM, c’est votre jour ! Pour ce que je me souviens :
– Parmi ces quatre personnalités, qui n’était pas musicien ?
– Qui est Angela Merkel ?
– Qui fut le président de la France avant François Hollande ?
– Combien de pays dans l’Union Européenne ?
– Qui est le ministre des affaires étrangère ?
– Qui ne fait pas parti du Parti socialiste ?
– Que signifie TGV ?
– Que signifie TVA ?
– Que signifie TTC ?
– Deux listes de mot à relier ensemble. Le thème était nos élus, en gros d’un coté on avait Canton, commune et préfecture, de l’autre Préfet, conseiller général, maire, et faut relier ensemble.
– Quel est le taux de TVA est le plus utilisé actuellement en France (hors alimentation) ?
– Si un produit vaut 100 euros HT, combien vaut-il TTC (en se référent à la question précédente) ?
– Divers calculs à effectuer de tête, genre 4x5x10, 3x2x6x4/12, …)
– Citer un proverbe

Une fois le test fini, je retourne voir la dame, on se réinstalle brièvement dans son bureau histoire qu’elle examine le test façon maitresse d’école. Et tiens, on va aller voir le directeur maintenant. Je commence à trouver le temps long, le recrutement me semble on ne peut plus mal conçu ou tout du moins mal conçu pour être pertinent. Je me demande ce qui m’attend au bout de cette mini visite de l’entreprise (« Je vais vous faire passer par les coulisses », c’est ça, fais).

Le directeur arrive, un air sérieux, peut-être un peu hautain même, et des papiers dans les mains. Mon CV surement. « Ah ! Vous n’avez pas le bac, comment ça se fait ? ». Je l’ai pas passé du con, difficile de l’avoir donc ! Bla bla sur mon parcours, puis vient un « Et vos parents ne vous ont jamais foutu un coup de pied au cul pour vous mettre dans le droit chemin ? » Déjà un, tu sais rien sur ma vie familiale, deux, le coup de pied au cul, t’en as autant besoin que moi. Mais t’as raison d’avoir dit ça, parce que du coup ton poste de merde m’intéresse moins et je vais pouvoir te clasher gentiment.
Il regarde le test, me regarde, regarde le test et dit : « Là, vous avez mis au pif non ? Vous savez qui est Kant ? » Un groupe de rock, du con ? Sans avoir le bac mon cher, c’est quand même un minimum de connaître les philosophes connus. Surtout que, j’ai pas le bac certes mais je suis allée jusqu’en terminale, où on fait un peu de philo. Bref, je lui dis simplement que je sais quand même que c’est un philosophe, mais l’idée de lui en mettre une dans la tronche me démange. Et il va me faire justifier ainsi la quasi totalité de mes réponses, vérifier que je sais répondre aux calculs proposés de tête.
Et ben oui, on peut ne pas avoir le bac et avoir un minimum de culture générale. La base quoi. Tu pouvais même pousser un peu le niveau, j’aurais peut être tenu le choc ! Bon ça lui en bouche un coin parce que des bacheliers ont eu du mal visiblement. Mais qu’est ce qu’un diplôme à part une preuve qu’on sait apprendre des cours et les régurgiter quand il faut ?
Je ne me souviens plus trop du déroulement, mais je lui explique quand même que j’ai pas passé mon temps à ne rien faire en sorti d’école. J’ai bossé, peu c’est vrai, mais j’ai cherché à me former ce qui n’est pas une mince affaire et j’ai repris des études, obtenu deux diplômes avec deux petites mentions mais mentions tout de même. Je lui rappelle aussi que s’en sortir dans notre département sans voiture, ce n’est pas vraiment simple, ce qui explique en partie ma faible expérience professionnelle (vu qu’au final, ces dernières années, j’étais plus en formation qu’en recherche de taf).
Le pauvre bougre ne pouvant pas me saquer sur le test en vient lui aussi aux questions personnelles. Est ce que j’ai un frère. Là, je ne me retiens pas : quel rapport avec le poste. Aucun, mais est ce que j’ai un frère. Mon grand regret est de ne pas m’être levé pour m’enfuir de cette mascarade. J’ai cédé et répondu. Lâche que je suis !
On en arrive au bout, il se sent gagnant. Mais ils n’en ont pas fini avec moi, je vais voir une troisième personne. Il faut bien ça pour un CDD de 21h de 5 mois.

Me voilà face à l’assistante commerciale (je crois, je m’en foutais éperdument à ce stade) qui serait amenée à me former si je suis prise (pitié, non, pitié !). Son rôle à elle, c’est de poser les questions cons (enfin, ils se sont un peu réparti la tâche mais quand même). Mais au moins, c’est sur le poste en lui même. « Et comment vous réagissez face au stress ? » , « Vous êtes timide ?», « Venez regarder dans la court, quel type de matériel voyez vous ? »… Là, j’avoue, j’ai mis une mauvaise volonté évidente. 1h que je suis en entretien, des questions à la con, un test à la con tout ça pour du précaire. Je veux bien que ce soit du secrétariat mais merde, on n’est pas des chiens !

Je repars de l’entretien dégoutée. J’étais venue avec trop d’espoir surement. Paraît que mon profil à plu mais de mon coté j’ai pas du tout eu le feeling. Je me suis sentie infantilisée tout du long, limite humiliée. Je n’imagine même pas l’angoisse d’aller bosser là bas à se demander si aujourd’hui on va te faire sentir que tu n’as pas le bac ou que t’as pas de mec, les deux le même jour.
Je suis surement trop sensible et ça m’empêche d’avoir une bonne répartie sur l’instant (bien que je me sois grandement améliorée, merci le BTS et ses nombreux oraux qui m’ont poussé à combattre ma phobie de parler en public) mais j’ai trouvé les questions fort indélicates, trop personnelles et inappropriées pour un entretien d’embauche.
Bon j’ai peut être pris la grosse tête aussi avec tous les entretiens que j’ai en ce moment, dont un qui s’est bien passé au point qu’il s’en soit fallu de peu pour que je décroche le poste (bon c’était du temps partiel en CDD aussi). Là, durant l’entretien, rien de négatif, pas de questions pièges. Mieux, mon parcours pour la reprise d’études avait été valorisé et apprécié visiblement (Le Directeur avait dit : « beaucoup de jeunes quittent le système scolaire sans diplôme mais peu font la démarche de vouloir se former ensuite »).
Bref, je prie pour qu’une autre candidate leur plaise, parce que perso, je ne veux pas aller bosser là bas. J’ai deux autres jokers à jouer, je préfère tenter ma chance !

Sachez Messieurs les recruteurs, que la personne en face de vous n’a peut être pas un parcours parfait, pas les diplômes que vous attendiez (pourquoi l’avoir convoqué alors, par pur plaisir de la maltraiter ?), ça ne l’empêche pas d’être douée d’intelligence, d’avoir des compétences et de ne pas être un cas désespéré sans aucune réflexion ni culture.

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7 Commentaires

  1. Dr.Zoidberg

     /  28/11/2013

    Je comprends mieux, après cet article, à quel point tu as du te sentir rabaisser. Ce n’était pas qu’une histoire de baccalauréat. Il cherchait vraiment LA petite bête pour te faire sentir plus bas que bas. Comme si, ils avaient besoin de se rassurer en se disant  » moi j’ai un copain  »  » moi j’ai un bac »  » moi j’ai une voiture « .
    Bref, ça fait peur de voir que des personnes d’âge mûr se comportent comme des collégiens en Pleine crise d’adolescence.
    Bref courage!

    Ps : non tu n’as pas pris la grosse tête avec ces entretiens, tu es juste tombée sur un gros con.

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  2. miss0571

     /  29/11/2013

    Je suis déjà tombée sur un idiot comme ca , je suis partie courant de l’entretien car ce genre d’entretien c’est pour les amuser à critiquer et non pro …bisous

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  3. Leopold

     /  11/12/2013

    J’ai eu un paquet d’entretiens comme celui que tu décris, et même des pires. Et d’expérience, je peux dire que la façon dont sont traités les candidats est un avant-goût de la façon dont sont traités les employés.

    Personnellement, parler de ma vie privée à un inconnu m’insupporte, et plus encore dans ce contexte d’interrogatoire à sens unique. Comme il est éliminatoire de refuser de répondre, en particulier sur les frères et sœurs, les parents, leurs professions et leurs employeurs, j’ai pris pour habitude d’inventer une famille fictive. De cette manière, je préserve ma vie privée tout en laissant croire que je leur donne ce qu’ils veulent. Pour lever toute ambiguïté, je n’ai absolument pas honte de ma famille, bien au contraire.

    J’ai eu parfois des QCM encore plus facile que le tien (Quelle est la langue officielle de l’Italie? Combien font 100+25?). A chaque fois, le correcteur fait semblant d’être sidéré par mon score (selon lui personne n’avait jamais obtenu 20/20), puis me soupçonne ouvertement d’avoir triché ou répondu au hasard. Je ne sais pas quelle genre de réaction il s’attend à provoquer, mais je m’efforce de rester souriant et lui suggère d’améliorer le test s’il n’a pas confiance dans celui-ci.

    D’une manière générale, toutes ces manœuvres infantilisantes et humiliantes ont pour objectif de sélectionner les personnes qui accepteront les pires conditions de travail pour le salaires le plus bas. Il n’y a donc pas de bonne réponse: soit on s’écrase, soit on est éliminé.

    Il ne reste plus qu’à placer ses espoirs dans les entretiens où on est traité normalement, c’est à dire avec respect et politesse, ce qui est le minimum qu’on puisse attendre d’un inconnu dans une société civilisée.

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  4. Mon dieu, je n’aurais pas supporté un entretien comme ça… J’ai déjà eu des entretiens bien gratinés et du coup j’ai tendance à être à fleur de peau pour les suivants : si je vois qu’on me pose des questions trop personnelles ou qu’on m’infantilise, je m’énerve et je m’en vais.
    Dans cet entretien, c’est clair que je serais partie dès le début, en leur en mettant plein la tronche.
    J’ai déjà eu aussi des entretiens à QCM super simple, dont un auquel j’ai eu tout bon… pour qu’on me réponde finalement que le poste a été pourvu en interne.
    J’ai du mal à comprendre certaines méthodes de recrutement…

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  5. nathi

     /  29/09/2014

    Je suis écoeurée par tout ça… Toutes ces techniques visant à inférioriser l’autre pour se sentir supérieur. On critiquait les méthodes du moyen âge, on y est toujours apparemment. Sous une image plus moderne forcément, mais les mentalités n’ont pas l’air d’avoir évoluées.
    J’ai moi même vécu des entretiens déconcertants, dont un pour un cdd dans une école. A peine entrée dans le bureau de Madame THE directrice, elle me demande de m’asseoir. Lorsque je commence à ouvrir la bouche pour lui parler de mon éligibilité PE au poste (encore un foutu critère discriminatoire), elle me stoppe direct et me demande sur un ton glacial si elle m’a autorisée à prendre la parole.
    Là, je suis restée la bouche grande ouverte, répétant sa question en mon for intérieur, persuadée que je l’avais mal comprise. Mais non. Elle me la réitère donc. Je réponds, toute penaude, que ben non, elle ne m’a pas donné son « autorisation » pour ouvrir la bouche. Elle me dit très bien, c’est ce que j’appelle de l’insolence, prendre la parole sans y être invitée. Ah. Coups d’oeil à 180 dégré histoire de chercher une potentiel caméra cachée. Car c’était forcément une blague? Rien. Nada.
    Le rouge m’est monté jusqu’aux oreilles, ne sachant pas très bien si c’était de l’énervement sous jacent (l’envie de l’étrangler avec son châle) ou la honte de se faire réprimander comme une petite fille. J’avais tellement de choses à dire (« Tu te prends pour qui vieille peau?! » « Tu veux que je te montre ma version de l’insolence?! » « Tu me fais une blague c’est ça, je passe sur quelle chaîne? »), mais je n’ai rien dit. Lâche. Et scotchée par cet imprévu malvenu.
    Elle a fini par me demander de réciter mon parcours professionnel avec un petit sourire sachant qu’elle avait mon CV sous les yeux, histoire de vérifier que j’avais bien appris ma leçon. Mais je ne tenais plus. Je me suis avachi sur la chaise, moi qui me tiens toujours droite lors d’un entretien. Mon insolence était visible physiquement, oralement rien ne sortait.
    Je n’ai pas décroché le poste (ah bon? Ben pourquoi?) et je m’en suis toujours voulu de ne pas m’être levée et de ne pas lui avoir balancé mes quatre mille vérités de petite fille insolente avec ma bouche grande ouverte! Surtout en période de chômage, ça défoule!

    Je me retrouve beaucoup dans ce que tu dis, ce que tu décris. J’ai une vision des choses similaire.

    Courage à toi.

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    • Mon dieu, c’est hallucinant! Mais de quel droit a-t-elle osé ta parler ainsi!? C’est inadmissible! Et on est trop intimidé, trop poli pour prendre la porte et leur faire comprendre qu’on est au chômage, ok, mais qu’on a de l’amour propre, de la dignité et qu’on n’a pas à nous parler ainsi!

      Bon courage à toi également!

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  6. Seb

     /  01/12/2014

    aller pour feter mon entrée au chomage ,ça me donne envie rien que pour le plaisir de m’empresser de passer un entretiens pro, et à la moindre incartade de désintégrer verbalement la personne en face de moi, On a tous connu des entretiens dégradants 🙂 ou l’on se sent petits, lâches… Bon courage à tous ,croyons en nous !

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