Actu

Stigmatisation, on continue?

Sport national au même titre que le tapage incessant sur les fonctionnaires, la stigmatisation des chômeurs ne faiblit pas. On assiste depuis quelques années à une véritable classification de la population en fonction de son statut social : chômeurs, actifs, retraités, public, privé, …

Nouvelle trouvaille pour pointer du doigt l’assistanat, ce « cancer de la société » (ce n’est pas moi qui le dit), la formation des chômeurs. Ca nous vient en direct de la bouche du président (soufflé par un conseiller zélé ou par sa propre déduction, allez savoir). Et oui, le remède contre le chômage est la formation. Fallait y penser quand même.

Il est tellement sur de lui le Président qu’il est prêt à redonner la parole au peuple (c’est bien gentil ça, le mieux aurait été de ne pas nous la retirer) lors d’un référendum. Il ne prend pas trop de risque quand même, qui ira dire non à la formation professionnelle des chômeurs? Des petits malins vont répondre les chômeurs, j’en suis sur.

C’est sans savoir qu’un grand nombre de chômeurs veulent bien se former, qu’ils le réclament à leurs conseillers. Mais qu’il n’y a pas de budget et de moins en moins de places disponibles en formation.

Le parcours pour une formation commence face au conseiller. Le demandeur d’emploi lui parle de son envie de se former. Il faut alors que le conseiller trouve cette demande pertinente et ne revoie pas le demandeur d’emploi dans les cordes pour causes diverses et variées : trop ou pas assez formé/diplômé, projet peu adapté au marché de l’emploi, projet trop fantaisiste,… Avec un peu de chance, on vous prescrit un accompagnement afin de vous aider à construire un projet professionnel. A l’époque, ça durait trois mois, je n’y ai pas gouté depuis longtemps (ça me manquerait presque tellement j’y étais habituée) et les appellations furent diverses et variées (comme les contrats aidés, on change régulièrement de nom pour donner une impression de neuf).

Donc vous acceptez votre accompagnement pendant lequel vous allez (re)faire CV et lettre de motivation et où vous allez vous éclater avec les tests TRICAM, RIASEC et autres au point de trouver ça mieux que les tests psy des magazines féminins. Ca va définir votre profil professionnel et vous donner une liste de métiers ou tout au moins de secteur. Avec un peu de chance, on va vous demander de faire une enquête métier (ou comment faire chier les employeurs avec des questions à la con).

C’est là que ça devient sympa puisque le prestataire qui vous accompagne va vous diriger vers les formations de l’AFPA. Pas d’autre solution. Généralement à ce stade là, vous êtes en fin d’accompagnement. Vous avez repéré une formation de l’AFPA qui colle à votre projet et vous allez devoir passer par votre conseiller Pôle Emploi pour accéder au centre de formation.

On passe donc à la phase plutôt passive de la manœuvre. Votre conseiller Pôle Emploi remplit votre dossier et l’envoie au centre de formation. Vous êtes plein d’espoir. Et vous attendez. Encore et encore. Quand vous avez enfin des nouvelles de votre demande, il manque bien sur quelque chose pour que votre dossier soit accepté, validé. Généralement, on va vous demander de faire un petit stage pour valider votre projet.

Vous repassez en « démarche active » : envoie de courrier pour demander un stage dans les entreprises susceptible de correspondre à votre futur domaine de formation. On pourrait croire que c’est simple de trouver un stage non rémunéré. Ben non. Donc le temps de trouver ce stage, de caler une date avec l’employeur bien sympa de vous accueillir et de remplir les papiers de Pole Emploi pour mettre en place votre EMT (évaluation en milieu de travail pour les non initiés), c’est plusieurs mois qui se sont passés depuis le début de votre accompagnement. Et oui, faut bien occuper les chômeurs, puisqu’ils ne cherchent pas de taf!

EMT effectuée, votre conseiller renvoie votre dossier à l’AFPA. Avec de la chance, vous accédez enfin aux tests d’entrée (hein quoi, vous pensiez que vous alliez rentrer en formation comme ça! Non mais vous avez pas assez peiné depuis le début, ça se mérite une formation) dans le cas contraire, ils se sont peut être rendu compte à l’AFPA que votre profil ne vous permet pas de rentrer en formation (pas d’expérience dans le domaine ou ce genre de chose).

Imaginons que vous accédez enfin aux portes de l’AFPA. Rendez vous avec une psychologue du travail, qui vous fera passer un entretien, des tests psychotechniques et re-entretien histoire de tester votre motivation. Et même si vous êtes le candidat idéal, on vous informera que pour entrer en formation il faut bien attendre 1 an et être mobile sur toute la France (vous avez un loyer à payer, c’est pas grave, devenez SDF).

Donc oui à la formation des chômeurs. On veut se former. Beaucoup de chômeurs, lassés de ces simagrées, se sont formés par eux même (par le CNED par exemple, en reprenant un cursus scolaire plus classique). Et ils veulent bien une offre d’emploi dans leur domaine. Monsieur Sarkozy oublie un point indéniable dans son discours : être formé ne donne pas de l’expérience professionnelle dans le domaine de formation, et de l’expérience pro, les employeurs, ils en veulent (puisqu’ils ne veulent plus former eux même les nouveaux salariés).

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s